El aspecto histórico de la comunicación

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En la segunda parte de mi tesis, analizaba diferentes modelos de comunicación. Los recupero para INLUCRO.ORG, en su francés original, e intentaré traducir algunas reflexiones.

CHAPITRE III

LA NOTION DE COMMUNICATION

Un chapitre à traiter avant d’examiner quelles relations nécessaires lient l’exercice quotidien du journalisme aux impératifs de la diffusion collective, est celui des modèles et des média historiques de la communication. Dans ce chapitre nous nous proposons de montrer que la représentation de la communication, et notamment de la communication sociale, se trouve en porte à faux de sa pratique. La notion de communication revêt ainsi par le fait de ce décalage un caractère mythique.

  1. Les modèles de la communication

Deux grands types de modèles de la communication (sociale) sont vulgarisés aujourd’hui. Ils situent et opposent, sans doute abusivement, deux courants de pensée dont on retrouve les confluents à toutes les époques. Au demeurant, le concept de communication est assez moderne. Il est contemporain de l’émergence du social dans le champ des sciences, Qui plus est, il voisine encore et se confond souvent avec le concept de communion. Pour Berdiaev (?) “la communion se distingue précisément de la communication par son réalisme ontologique; la communication étant essentiellement symbolique, elle use seulement des signes conventionnels”, alors que pour Merleau-Ponty, loin d’apparaître comme appartenance à une totalité abstraite, elle se manifeste comme insertion dans un seul système de vie, fait de relations sociales et historiques concrètes (2).

Le premier de ces modèles, qui privilégie l’aspect structural de la communication sociale, est parallèle à la prénotion d’échange quantitatif. Il se présente comme le modèle d’un échange, sans qu’on puisse nécessairement découvrir une définition des termes et de ce qui est échangé chez tous les auteurs qui, le plus souvent de manière implicite, l’ont développé ou défendu. L’échange de sons et de signes linguistiques, dont on concede volontier qu’ils sont conventionnels, témoigne pour la plupart de ce que Miller et Ogden vont nommer un processus de médiation représentative:

(1) Berdiaev, Cinq méditations sur l’existence: solitude, société, et

communauté, Paris, Aubier, 1936

(2) Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, 1945

non peut définir comme communication sociale la transmission, à travers des phénomènes représentatifs et perceptifs, de contenus psychiques d’un membre à un autre de la société” (3).

Ce que l’échange véhicule en plus, c’est le jugement de vérité. De manière plus générale chez Socrate, c’est un jugement d’adécuation au réel. L’information transmise, c’est la vérité/fausseté du discours, de l’opinion ou même de l’imagination (4)

L’autre modèle qui a cours aujourd’hui nous semble trouver paternité dans le modèle maieutique du même Socrate. A maieutique, on trouve dans le dictionnaire de Foulquié: “art d’accoucher les esprits, c’est-à-dire de les amener à prendre conscience de ce qu’ils savent implicitement, à l’exprimer et à le juger”(5). De même que l’enfantement partd’ une relation de la mère à l’enfant qu’elle porte en elle, la communication procède de la relation verticale que l’individu maintient avec le réel. La communication sociale masque cette relation aussi bien qu’elle peut la favoriser, mais en tout état de cause y demeure ancrée, et subordonnée.

A l’heure de la crise des sciences humaines et des procès transformationnels, ce modèle a recouvré une nouvelle actualité. Schramm en a donné une description. Il se présente comme le modèle d’une adecuation entre la source et la destination. Cette adecuation est moins physique que morale, et prélude à une possible théorie de l’influence personnelle. Mieux que le modèle physique, il rend compte de l’aspect conventionnel du langage, puisqu’il fait de la langue un enjeu social. En effet, en passant d’un modèle à l’autre, nous glissons du plan de l’action à celui de la reflexion. A la difrnce des sciences de la nature, l’action communicationnelle ne porte jamais sur ce qui est extérieur à l’homme mais sur les relations interpersonnelles dans une structure sociale déterminée. Ainsi, quoi qu’on veuille séparer plans physiques et moraux, force est de conclure que le plan physique de communication est débordé par le plan moral.Si bien qu’on doit se déplacer, pour sauver la distinction, aux plans de l’objectivité et de la réflexivité sociales..

(3) “Commnicazione sociale” in Enciclopedia filosofica Sansoni,T.1, Firenze, 1967. (4) A. Rey, Théories du signe et du sens, Paris,Klincksiek, 1973, pp. 15-20 (5) Foulquié Saint Jean, Dictiomaire de la langue philosophique, 3ed, PUF, Paris, 197840.

1.1. La réflexivité sociale

La vérité détenue par un groupe, voire confisquée, ne s’apparente pas au sens commun accessible à tous. Elle est révélation, ou plus près de nous, le produit d’une méthode; il convient de s’acquitter de certains rites avant d’y accéder. Ainsi, pour Augustin ” Dieu ne parle pas à l’homme par une créature corporelle comme un son frappe les oreilles du corps en faisant vibrer l’air entre celui qui parle et celui qui entend; il ne se sert pas non plus de ces images spirituelles qui prennent la forme et la similitude des corps, comme cela se produit dans les songes et tout ce qui leur ressemble (…); mais il parle par la vérité même, si l’on est apte à l’entendre par l’esprit, non par le corps.”(6) Mais l’homme étant corrompu par les vices au point de ne pouvoir “adhérer à la lumière immuable et en jouir”, Dieu s’est fait homme et “a établi et constitué (la foi) en vue d’ouvrir à l’homme le chemin qui, par l’HommeDieu, conduit au Dieu de l’homme.”(7) Dieu, comme le dit Augustin luimême, s’est révélé “par les prophètes, par lui-même, et enfin par les apôtres”(8), Ayant de plus institué l’Ecriture Canonique, “pour les choses invisibles qui échappent à notre sens intérieur, nous devons nous fier à ceux qui les ont apprises telles qu’elles se trouvent dans la lumière incorporelle, ou à ceux qui les y contemplent à demeure”(9). L’Eglise est la seule garante de la vérité.

Dans les affaires civiles, la révélation demeure incertaine. Aussi quand on doit juger un homme, c’est-à-dire: porter un jugement de vérité, on le soumet à la torture (10). Au civil, la représentation tient lieu de Révélation. “Pour découvrir s’il est coupable, il est mis à la torture; innocent il subit pour un crime incertain les peines les plus certaines et cela, non parce qu’on découvre qu’il l’a commis, mais parce qu’on. ignore s’il ne l’a pas commis”(11). L’erreur judiciaire, la faillibilité du jugement humain, témoigne en faveur du mystère divin: les choses sont ce qu’elles sont, et l’ordre des choses est ce qu’il est, de toute éternité, parce que Dieu l’a voulu ainsi.

(6) St-Augustin, La Cité de Dieu in Oeuvres complètes, 5è série, V.35, Livre XI S II-III;

traduction française de G. Cambes, Brugges, De Brouwer, 1959. (7) Ibidem (8) Ibidem (9) Ibidem (10) C’était un procédé courant d’investigation, qui se prolonge jusqu’à la Révolution

Française, comme en témoigne Michel Foucault in Surveiller et punir. (77) St-Augustin, op.cit, V.37, Livre XIX S VI

Doctrine de l’insondable, l’augustinisme professe la préaninence de l’individu sur la société humaine, de l’obligation morale qui lui incombe sur la valeur morale dont le lieu est la raison commune. Il trouvera à se développer en terrain fertil après la prise de Rome par Alaric et le déperissement de l’Empire. C’est le début d’un âge féodal, caractérisé par des relations vassaliques, c’est-à-dire d’homme à homme. Qui plus est c’est un système héréditaire. L’homme “dont la dépendance (à un seigneur) était héréditaire était serf, celui dont elle ne l’était pas était “libre” (12). L’homme héritait de son père la tenure, et demeurait ainsi au service du seigneur. Dans une société en proie à l’insécurité et dans laquelle, selon l’expression de Pirenne, “l’échange et la circulation des biens en sont réduits au degré le plus bas qu’ils puissent atteindre”. La production est toute entière orientée vers la consommation immédiate ou différée. L’idéal d’une telle économie est la subsistance (13). L’Eglise proclame que “la terrel…)a été donnée par Dieu aux hommes pour les mettre à même de vivre ici-bas en vue du salut éternel. Le but du travail n’est pas de s’enrichir, mais de s’entretenir dans la condition où on est né, en attendant le passage de la vie mortelle à la vie éternelle” ( 114).

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1.2. L’objectivité sociale

Vérité révélée ou confisquée, la verité ne peut être contestée qu’au nom de l’objectivité, c’est-à-dire par le sens commun d’un groupe social qui revendique une modification de son statut. Ce qu’il oppose au système des représentations traditionnelles, éprouvées, c’est la connaissance de son univers. Ainsi Augustin fut-il confronté, durant sa vie, à Pélage. Moine breton, Pélage n’admettait pas la doctrine augustinienne de la grâce divine ni celle de la prédestination. Admettre cela, c’était reconnaitre que Dieu pouvait être injuste. Cette controverse n’était pas accessoire, puisqu’en contestant l’idée de prédestination, il s’en prenait de fait à la doctrine de la Révélation. Alors qu’Augustin niait qu’on pût connaitre Dieu, et donc le juger, Pélage liait la grâce au mérite personnel, faisant de Dieu le garant des valeurs communes et des affaires humaines. Le Dieu de Pélage est parfaitement humain; il est comme une figure hypostasiée du groupe social. L’homme ne peut se livrer au mal en toute impunité, puisqu’il devient, avec Pélage, responsable de lui-même. C’est .

(12) J.Bude, op.cit., p.12 (13) Ibid., p.1111 (114) H. Pirenne, Histoire économique et sociale du Moyen-âge, Paris, PUF, 1969, p.11

bien cela qui importait à Pélage: l’homme n’est plus seulement livre à sa conscience, mais demeure, en permanence, sous le regard des autres hommes. .

Il faudra attendre le Bas Moyen Age pour qu’à la faveur du développement des centres urbains, la théologie pélagienne gagne du terrain. La controverse des théologiens “monastiques” et “urbains” est comme une résurgence de la vieille controverse pelagienne (15). “Pour les théologiens “urbains”, l’homme devient un être crée pour lui-même, ayant une nature qui lui est propre…L’homme participe des lois de la nature, ce qui signifie qu’il peut agir dans, avoir des effets sur et même, grâce à la raison, comprendre le monde” (116).

Nous reviendrons, à la fin de ce chapitre sur la distinction entre la raison insondable et la raison évidente, mais d’ores et déjà nous pouvons avancer que cette dernière ne devient évidente qu’en se démarquant de l’insondable. Tout comme au plan moral, la mutation est le passage d’un système d’équilibre à un autre. Mouvement de représentation qui se démarque pour un temps de la représentation, la connaissance supporte, par la foi, un changement d’état objectif. C’est pourquoi, en fin de compte, nous pouvons distinguer un plan objectif et un plan réflexif.

1.3. Le modèle physique de la communication

Dans le modèle mathémathique de Shannon (17), l’information est déterminé par le nombre d’état différents de la source de la communication. Le schéma, fonctionnel, de celle-ci présente la relation d’une source (émetteur) et d’une destination (récepteur). La relation est assurée par canal, Et pour que l’information circule entre les deux termes, il est nécessaire qu’elle soit codée (transformée en un nombre fini de signaux transmissibles) puis décodée. Du fait du bruit, l’information ne peut que se dégrader. L’information quantifiée représente un changement de structure minimal pouvant être induit par l’émetteur. Ainsi, on oppose le concept d’information à celui de permanence.

(115) J.Bude, op.cit.,p.42 (16) Ibidem (17) Sharron et Weaver, La théorie mathématique de la comnication, Retz, Paris, 1974

Shannon est ingénieur. En développant sa théorie, il ne perd pas de vue l’efficacité du codage. Il s’agit de pouvoir transmettre un maximum d’informations en un minimum de temps.

Ce schéma fonctionnel trouve-t-il à s’appliquer quand il s’agit d’informations de presse? Oui, sommes nous tentés de répondre, puisqu’il s’agit à n’en pas douter d’une communication matérielle. Non, si l’on s’en réfère au sens des informations. Celui-ci n’est limité qu’en ce qu’il est codé mais non par ce qui est codé. Si nous voulons appliquer le schéma fonctionnel à tort et à travers, et l’aspect matériel de la communication justifie bien des choses, l’information d’un système n’est plus information de l’émetteur mais capacité de codage. Or comment pourrait-on, indépendament du sens, fixer un code quelconque? La pratique quotidienne de l’information diffusée, et à fortiori de la langue, montre qu’il n’y a pas tant changement qu’apport de structure (18), c’est-à-dire modification de la compréhension. Il y a bien entendu ce qu’on dit et qu’on veut dire, mais il y a aussi: 1) ce qu’on dit et qu’on ne veut pas dire, 2) ce qu’on ne dit pas et qu’on veut dire, 3) ce qu’on ne dit pas et qu’on ne veut pas dire; et puis, à chaque fois, il y a la manière dont on dit où on ne dit pas. Nous pouvons lire des phrases du type: Sa mère la drogue, son père la tue. Ou bien: à La Réole, monsieur l’Illustre Inconnu abat le gendarme Machin. Il se peut que nous n’ayons jamais entendu parler de La Réole, mais il est pratiquement certain que nous ignorons tout de l’Illustre Inconnu et du gendarme Machin. Dès lors, ce qui est supposé n’être que la relation d’un fait, un changement dans la structure des choses dans l’optique fonctionnelle de la communication, devient prétexte à ontologie: 1) l’Illustre Inconnu et tous ceux de son espèce existent, 2) les gendarmes existent, 3) le meurtre d’un gendarme est chose possible. Pourrons-nous échapper, par exemple, à la pensée que si tous les hommes sont mortels,les gendarmes sont, par leur fonction, plus mortels que les autres? Ce qui constitue l’information de presse n’est pas tant l’existence ou la non-existence des choses que la modalité de cette existence ou de cette non-existence,

(118) ‘Nous maintiendrons(…) que le présupposé apprtient au contenu même de l’énoncé, en entendant par là qu’il fait partie des informations que le locuteur cherche à communiquer. Il nous faudra seulement distinguer deux niveaux dans le contenu des énoncés, celui de la position et celui de la pesupposition. Les affirmations posées (…) sont présentées par le locuteur soit comme un can plement au dialogue qui a précédé, soit comme un thème possible pour le dialogue qui suivra, et come susceptibles, à ce titre, d’être discutées, précisées, expliquées, Les présupposés au contraire sont présentés comme une sorte de toile de fond, come un contexte, come un cadre…/…

Cette modalité, à la fois fonction du texte et du contexte, demeure en reste de la formalisation mathémathique de Shannon. Comme on le voit, l’information de presse n’est pas tant liée au changement d’une structure (illusoire) qu’à sa propre présence comme information. (19)

-2.

1.4 Le modèle éthique

Le second modèle, celui de Schramm, inscrit source et destination dans deux champs de références distinctes, qui peuvent fort bien ne pas commu

n’avoir rien en commun). L’information devient une limite d’adhésion idéale entre l’ univers de la source (des média, par exemple) et celui du destinataire (le spectateur, le lecteur, etc.). Ce n’est plus un “apport” qui est l’enjeu de l’information de presse, mais un processus de symbolisation, de représentation. Comme telle, l’information tend à formaliser le contexte. On comprend, dès lors, l’importance que revêt la notion de feed-back dans ce jeu de perpétuel réajustement.

En conclusion, nous voilà confrontés à deux conceptions de l’information, qui pour être différentes n’en participent pas moins d’une seule et même représentation comme mise en forme. Dans la conception de Shannon, l’information est définie par des changements de structure de l’émetteur liés au contenu (qui lui-même se ramène à un structure plus ample (20)), tandis que celle de Schramm considère d’emblée un changement de structure lié à sa propre présence comme information. Celle-ci se présente donc simultanément comme structure définie d’un mode de compréhension et comme élément à comprendre.

(…l…intellectuel qui doit servir de support au dialogue. Posés et présupposés – qui sont dans le même rapport que le motif et le fond dans un tableaut – font partie de ce que le locuteur vise à faire savoir à son auditeur ( c’est pourquoi nous les attribuons les uns et les autres ai conteriu de l’énoncé), mais leur mode de présentation est essentiellement différent (c’est pourquoi nous maintenons leur distinction),” O. Ducrot, in Rechercherches sur les systèmes signifiants, J.Rey-Debove, ed.p.243-257, Mouton, 1973. Repris par A. Rey, Théories du signe et du sens, T. II, Paris, Klincksiecck, 1976,p. 1198

(119) Les modalités de l’existence dans l’information seront traitées dans le chapitre suivant. (20) “La lumière est de l’information pure. C’est un médium saris message, pourrait-on dire, tant qu’on ne l’utilise pas pour épeler une marque ou une publicité verbales. Ce fait, caractéristique de tous les média, signifie que le “contenu” d’un médium, quel qu’il soit, est toujours un autre médium”.M.McLuhan, Pour comprendre les média, Paris, Seuil, 1977,p.26

David Sánchez. 1987
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